9 mars 2026

À l’occasion de cette journée, nous partageons les perspectives de nos collègues à travers nos studios. Nous leur avons posé plusieurs questions: ce qui les inspire, ce dont elles sont fières, les défis qu’elles rencontrent et les opportunités qu’elles voient pour l’avenir.

Leurs paroles offrent un aperçu de leurs expériences, de leurs apprentissages et de leur vision pour le futur de l’industrie.

Merci à toutes ces femmes qui façonnent notre industrie au quotidien, et aux alliés qui contribuent à faire progresser le changement.

De quelles façons contribues-tu à inspirer ou à soutenir d’autres femmes dans l’industrie du jeu vidéo ?

Roya

En tant que femme en début de carrière dans l’industrie du jeu vidéo, je suis pleinement consciente des défis uniques auxquels nous sommes confrontées, aussi bien avant d’intégrer ce milieu qu’une fois que nous y évoluons. C’est pourquoi il est important pour moi de rester une membre active et visible de notre communauté. Je crée des liens avec d’autres femmes lors d’événements de réseautage locaux et j’écoute leurs témoignages lors de tables rondes et de conférences du secteur.

J’ai également commencé récemment à faire du bénévolat en tant qu’ambassadrice pour Women in Games, ce qui me permet d’avoir un impact à plus grande échelle. En utilisant les ressources mises à disposition et en poursuivant le développement de mes compétences en communication, j’espère devenir une voix importante de soutien pour les femmes développeuses de jeux vidéo dans le nord‑est de l’Angleterre et au‑delà.

Que représente pour toi la Journée internationale des droits des femmes ?

Karolina

La Journée internationale des droits des femmes est à la fois une célébration et un point d’étape. Travailler dans l’industrie du jeu vidéo est une expérience d’une grande créativité et extrêmement inspirante, mais c’est aussi un milieu historiquement dominé par les hommes. Cette journée représente donc à la fois le chemin parcouru et celui qu’il reste encore à accomplir.

Elle sert à célébrer les femmes qui rendent les jeux possibles : les artistes, programmeuses, designeuses, productrices, testeuses QA, scénaristes, dirigeantes et bien d’autres encore. Les femmes qui ont franchi des obstacles, pris la parole lorsque c’était difficile et accompagné celles et ceux qui entraient dans le domaine. Tout cela mérite d’être reconnu.

D’un autre côté, la Journée internationale des droits des femmes nous rappelle aussi que l’égalité dans notre industrie n’est jamais acquise. Elle exige des efforts constants: remettre en question les biais dans le recrutement et les promotions, s’assurer que les voix des femmes sont entendues, défendre l’équité salariale et créer des environnements de travail où chacun se sent en sécurité et respecté. Il s’agit de mettre en place des systèmes qui soutiennent tout le monde.

C’est un moment pour faire une pause et se demander :

  • Construisons‑nous des studios où la prochaine génération de femmes pourra s’épanouir?
  • Écoutons‑nous réellement les femmes lorsqu’elles parlent de leur expérience?
  • Soutenons‑nous les femmes qui contribuent à rendre nos jeux plus diversifiés?

La Journée internationale des droits des femmes représente la raison pour laquelle il est essentiel de continuer à avancer, chaque jour, vers une industrie du jeu vidéo où le talent, la créativité et le leadership ne sont jamais limités par le genre. Une industrie où les femmes qui suivront n’auront plus à se battre simplement pour être reconnues comme des égales.

Quel message souhaiterais‑tu transmettre en cette Journée internationale des droits des femmes?

Daniela

En cette Journée internationale des droits des femmes, je veux rappeler quelque chose qui continue de me marquer.

En 2026, les femmes doivent encore souvent faire leurs preuves de manière disproportionnée, particulièrement dans notre industrie.

Des progrès réels ont été accomplis, et ils méritent d’être reconnus. Mais dans mon expérience, j’observe encore et encore le même schéma. Des femmes qui font tout parfaitement, et même plus encore. Nous planifions, nous organisons, nous restons professionnelles, nous maintenons les équipes unies, nous ne prenons pas les choses personnellement et nous livrons un travail excellent, de façon constante.

Nous arrivons préparées.

Nous arrivons fiables.

Nous arrivons professionnelles.

Et pourtant, avec le temps, je vois quelque chose se produire que je préférerais ne pas voir.

La flamme qui nous pousse à nous battre pour nous‑mêmes s’éteint doucement.

Nous acceptons certaines choses.

Nous détournons le regard.

Nous cessons de négocier.

Nous cessons de demander.

Nous ne voulons pas déranger.

Alors mon message aujourd’hui est simple.

Prenez votre place.

Faites-vous entendre.

Tenez votre position.

Personne ne viendra vous offrir les opportunités que vous méritez simplement parce que vous faites un travail exceptionnel. Celles et ceux qui avancent sont ceux qui créent leurs propres opportunités.

N’attendez pas d’être choisie.

Prenez ce que vous voulez et assumez-le.

Exprimez-vous.

Visez le rôle.

Demandez l’opportunité.

Ouvrez la porte vous-même si nécessaire.

Et parfois, choisissez une bataille importante et tenez fermement votre position.

Si une porte se ferme, tant mieux. Il y en a probablement dix autres qui attendent quelqu’un d’assez audacieux pour les ouvrir.

Arrêtez de vous soucier de ce que les gens diront.

Arrêtez de vous soucier de la manière dont vous serez perçue.

Cessez de vous rapetisser pour rendre les autres plus à l’aise.

Menez avec respect et professionnalisme, oui.

Mais jamais avec la peur.

Si quelqu’un estime que vous prenez trop de place, que vous êtes trop vocale ou que vous faites « trop la maman » dans la pièce…

Parfait.

Cela signifie probablement que vous êtes exactement là où vous devez être.

Et honnêtement, les mamans sont plutôt incroyables aussi.

N’attendez pas qu’on vous invite dans une pièce.

Entrez, tirez une chaise et prenez pleinement votre place à la table.

Quels changements aimerais‑tu voir se concrétiser pour les femmes dans l’industrie au cours des prochaines années ?

Alexandra

Il est encourageant de constater l’essor de la représentation des femmes et d’autres groupes marginalisés dans l’industrie au cours de la dernière décennie. On voit de plus en plus de femmes occuper des postes de direction, tant au sein des conseils exécutifs que sur les planchers de production. C’est une tendance que je souhaite ardemment voir se poursuivre.

La présence accrue des femmes dans ces postes d’influence permet à leurs voix d’être entendues lorsque des décisions sont prises à leur sujet. Qu’il s’agisse de politiques internes ou de la conception de protagonistes féminines, cette représentation est essentielle. Une représentation positive et des politiques équitables naissent de la diversité des voix autour de la table.

Un changement précis que j’aimerais voir dans notre industrie concerne la mise en place de politiques offrant davantage de flexibilité aux jeunes familles. Cela pourrait prendre plusieurs formes : un congé parental élargi, ou encore une prolongation des modalités de travail à distance. Bien que ces mesures bénéficient à tous les parents, elles représentent un gain particulièrement important pour les mères, car la charge des soins continue de reposer majoritairement sur elles.

Les entreprises du secteur commencent à mieux promouvoir l’équilibre travail-vie personnelle, mais il est essentiel que des politiques structurantes soient instaurées au plus haut niveau pour que cet équilibre devienne une réalité pour toutes et tous.

De quoi es‑tu le plus fière dans ton parcours jusqu’à maintenant ?

Thari

Comme beaucoup d’autres, j’ai commencé mon parcours dans l’industrie du jeu vidéo comme testeuse QA, mais j’ai toujours rêvé de devenir conceptrice narrative. Il m’a fallu quelques années pour y parvenir, mais maintenant que c’est le cas, je peux dire avec confiance que ce dont je suis la plus fière, c’est que mes mots existent enfin quelque part.

Des joueur.ses découvrent nos jeux, lisent les textes que j’ai écrits, découvrent les personnages auxquels j’ai contribué à donner vie, et cela représente pour moi une véritable réussite.

Et sachant que plusieurs projets sur lesquels j’ai travaillé ne sont pas encore sortis, je suis vraiment enthousiaste à l’idée de ce que l’avenir me réserve.

Y a‑t‑il une femme qui t’a particulièrement inspirée ? Si oui, pour quelles raisons ?

Tanishta

En grandissant au début des années 2000, l’un de mes souvenirs d’enfance les plus marquants est d’avoir été complètement absorbée par les livres d’Enid Blyton.À l’époque, je ne pensais même pas à elle en termes de “femme autrice”. Ce n’était ni souligné ni même mentionné. Ses histoires étaient simplement… ses histoires. Des aventures, des amitiés, des chiens, des mystères, des mondes plus vastes et plus excitants que tout ce que je connaissais. Et pendant des années, je n’ai même pas su qui se cachait derrière ces récits.

Je me souviens encore de l’étrange sensation que j’ai ressentie en apprenant un jour qu’Enid Blyton était une femme. Une partie de moi était un peu triste, presque coupable, de ne pas l’avoir su plus tôt. Mais une autre partie y trouvait une forme de force discrète. Elle n’était pas célébrée parce qu’elle était une femme, mais parce qu’elle avait créé des univers qui ont touché des millions d’enfants. Son œuvre se suffisait à elle-même. Et d’une certaine manière, cette forme subtile de représentation me paraissait encore plus significative. Elle n’avait pas besoin d’être sous les projecteurs pour être un modèle. Elle laissait ses histoires parler pour elle.

En grandissant, j’ai découvert davantage sa vie et l’ampleur de son impact. Elle a créé des séries emblématiques comme Le Club des Cinq, Les Sept Compagnons, Oui-Oui et bien d’autres. Ses œuvres mettaient de l’avant l’amitié, les valeurs morales et l’aventure, et ont joué un rôle important dans la littérature jeunesse pendant des générations. Elle a imaginé des récits empreints de chaleur, de courage et de possibilités, malgré les difficultés qu’elle avait traversées en grandissant au Royaume-Uni au début des années 1900. Savoir cela donnait à ses histoires une profondeur supplémentaire. Ce n’étaient pas seulement des récits. C’étaient des échappatoires façonnées par quelqu’un qui aimait profondément l’imagination, même lorsque la réalité était compliquée.

Avec le recul, je réalise à quel point il était important que ma première « influence littéraire » ne soit pas associée à une étiquette de genre. Enid Blyton était tout simplement une grande conteuse, et pour un enfant grandissant à Dubaï au milieu de multiples cultures, langues et perspectives, cela avait un pouvoir particulier. Cela m’a appris que les femmes n’ont pas toujours besoin de s’annoncer bruyamment pour laisser une trace. Parfois, la représentation la plus forte est celle qui paraît complètement naturelle: on tombe d’abord amoureux de l’œuvre, et ce n’est qu’ensuite qu’on reconnaît la femme qui l’a créée.