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21.06.21

GENS DE BEHAVIOUR

Stéphane Nepton

Stéphane Nepton est un artiste VFX chez Behaviour et le cofondateur de Uhu labos nomades, qui encourage les jeunes des Premières Nations à découvrir la création numérique et l’adopter comme moyen de protéger et de promouvoir la culture autochtone.

Son nouveau court métrage expérimental s’intitule L’Innu du Futur.

Parle-nous de toi: Où as-tu grandi?

J’ai grandi à Sept-Îles sur la Côte-Nord, entre les communautés de Uashat et Maniotenam. Je suis un  »gars d’la Côte » qui adore le contact humain, la nature, la mer, le froid, la neige !

Parle-nous de ton cheminement en tant qu’artiste.

Mon déclic artistique est survenu lorsque j’ai vu le premier Jurassic Park. J’ai tout de suite su que je voulais créer dans cet univers numérique. J’ai fait un cours général en 3D pour cinéma et télévision à Québec (Cyclone) et c’est là que j’ai eu la piqure pour les effets spéciaux; J’ai créé ma première démo qui comprenait un feu de camp avec Alias Wavefront sur un des premiers ordinateurs dédiés aux créateurs numériques ! Par la suite j’ai dû créer ma propre expertise en VFX, un chemin pas évident lorsque les tutoriels et YouTube n’étaient pas encore accessibles. Cela m’a amené à travailler sur des projets excitants en France, à Singapour et à Berlin.
 

Tu as exploré ton patrimoine innu dans des œuvres antérieures. Peux-tu nous parler de ton travail avec Uhu labos nomades?

C’est Lors de mon retour de Berlin que ma partenaire, Andrea Gonzalez, m’a fait comprendre que je possédais une expertise rare et recherchée (VFX) et qu’il fallait que je partage cette connaissance avec les jeunes de ma communauté. C’est à partir de cette vision que c’est développé toute la pertinence de cette initiative atypique.  Uhu mise sur la création numérique comme levier social afin de soutenir l’assiduité scolaire dans l’optique d’envoyer des messages forts, positifs et inspirants. La vision de Uhu est de faire un lien entre les ainés et la génération actuelle et entre la communauté et le territoire par des ateliers d’arts numériques. Nous croyons qu’il est primordial de valoriser et de protéger les cultures autochtones par des transmissions intergénérationnelles.
 

Qu’y a-t-il de différent ou de nouveau entre L’Innu du Futur et tes anciennes œuvres?

L’Innu du Futur vient d’une démarche personnelle, une quête d’une confirmation de ce que je suis, au moment présent, une recherche de santé culturelle. Ce court métrage est mon tout premier, je n’avais jamais exploré ce médium auparavant.  
 

Il s’agit d’un travail profondément personnel. Comment te sens-tu par rapport à son exposition au grand jour?

Effectivement, je me suis mis à nu avec ce film, j’ai vraiment exposé mes peurs, mes craintes et mes envies. Ça m’a pris beaucoup de temps et de courage pour prendre ma décision d’aller de l’avant avec ce film et ça m’a vraiment amené loin émotionnellement. Ce film fait partie d’une trilogie identitaire qui prendra place au cours des prochaines années, le sujet traitera de mes racines Abenakise-Innu.
 

Le Canada fait face à un moment de vérité quant à son traitement des peuples autochtones et des séquelles de son système de pensionnats. Quel est le rôle des artistes dans des moments pareils?

C’est dans ces moment difficiles que l’on vit actuellement que vient naturellement l’impulsion de dénoncer tout haut les injustices et horreurs du passé, mais aussi ce qui se passe dans le présent; Racisme, inégalités sociales, pauvreté, discrimination, non accès à l’eau potable etc. Pour un artiste autochtone, ces sujets sont douloureux et nombre d’entre eux s’en inspire à des fins de création. L’art et la langue sont les assises de la culture des premières nations et c’est pourquoi on met en lumière de plus en plus d’artistes émergents autochtones qui s’illustrent dans différentes sphères artistiques traditionnelles et numériques au Québec.
 

Qu’est-ce qu’espères-tu qui ressorte de ce moment de vérité?

Les blessures du passé sont toujours fraîches dans la mémoire collective, mais les peuples des premières nations sont résilients, courageux et confiants face à l’avenir, car le combat quotidien face au colonialisme nous pousse et nous confronte au fait que tout reste à construire. Il faut miser sur nos jeunes et l’éducation; Ce sont eux qui seront les prochains porteurs de flambeaux.

Stephane Nepton
VFX Artist